Bernard Buffet, le peintre qui fait s’exprimer les clowns tristes

Artiste peintre controversé, de renommée internationale, Bernard Buffet ne laisse aucun observateur indifférent. Sa série de portraits des Clowns tristes, en particulier, met en exergue la mélancolie et le désarroi dans les traits de tous ses personnages.

 

Un survol biographique

Né à Paris en 1928, Bernard Buffet est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands créateurs expressionnistes contemporains. L’École nationale des Beaux-Arts lui ouvre ses portes alors qu’il n’a que 15 ans. A 20 ans, il reçoit le Prix de la Critique. Artiste polyvalent (peinture, aquarelle, gravure, sculpture), il a signé plus de 8 000 œuvres. Ses thèmes de prédilection se sont longtemps résumés aux portraits, paysages, natures mortes et animaux ; mais, au début de 1950, il réalise une collection de tableaux illustrant des clowns au visage triste, qui donnera un essor prodigieux à son cheminement d’artiste. Le public l’adule ou le rejette, mais ne peut résister à la fascination que suscite sa collection de tableaux des clowns. Déjà très riche et célèbre à 30 ans, il obtient un vif succès à travers le monde, notamment au Japon. Bernard Buffet atteint le sommet de sa popularité dans les années ‘80, alors que ses tableaux se vendent jusqu’à 5 millions de francs dans des galeries prestigieuses. Titulaire de la Légion d’honneur, Buffet fut également membre de l’Académie des Beaux-Arts de France. Les experts le considèrent comme le digne successeur du peintre Goya et le placent au même niveau que des grands créateurs tels que Picasso et Matisse. Admiré par Andy Warhol, défendu par Simenon, Aragon et Cocteau et beaucoup d’autres intellectuels de son temps, il fut même envié par Picasso pour sa facilité à séduire le public. Atteint de la maladie de Parkinson, qui l’empêche désormais de peindre, il mettra fin à ses jours en 1999. Plusieurs auteurs ont rédigé une biographie de cet artiste, en français, en anglais et en japonais.

 

Que symbolisent les clowns tristes de Bernard Buffet ?

Avec leur visage pâle allongé, le front ridé, les cheveux raides et les mains contractées, les clowns de Bernard Buffet sont reconnaissables entre tous. Le premier tableau de la collection des Clowns tristes, dont le titre est “Tête de Clown“, est celui qui assurera le début de sa notoriété. Tels des Arlequins modernes, les clowns qu’il fera naître par la suite évoqueront le changement en passant par les nuances du sombre au clair, pour transmettre à l’observateur une impression tantôt de joie furtive (par exemple dans “Le Clown Vert”) ou de profonde tristesse. Ces émotions sont surtout traduites par les yeux des personnages. Chez Buffet, ce thème misérabiliste se décline d’abord en clowns musiciens, puis apparaîtront d’autres clowns intégrés dans un environnement de cirque, de corrida ou de théâtre. A part “La Danseuse” et quelques chanteuses, les personnages de cette série sont généralement de sexe masculin. Il s’agit de tableaux intenses, quasi dérangeants, avec des lignes tranchantes en entrelacements noirs, qui caractérisent le style pictural de cet artiste. La série Les Clowns traduit parfaitement cette ambiance de mélancolie d’après-guerre, qui prévalait en France au moment de sa création. Les expressions des clowns de Bernard Buffet révèlent également un indice plus subtil : l’angoisse existentielle dont a souffert Bernard Buffet tout au long de sa vie. Les critiques d’art ont souvent affirmé que la plupart des tableaux des Clowns tristes constituaient des autoportraits de l’artiste.

 

Les influences artistiques dans l’œuvre de Buffet

Si Bernard Buffet admirait profondément la maîtrise technique de Rembrandt, Courbet et Delacroix, son peintre favori était sans contredit Vincent Van Gogh. Non seulement pour l’originalité de ses œuvres, mais aussi pour sa personnalité atypique. Buffet se considérait comme un peintre anti-abstrait figuratif ; il s’inspirait des peintres expressionnistes néerlandais, dont il appréciait l’ascétisme mystique de leur art. Après 1948, les critiques l’apparentent aux peintres qui pratiquent le réalisme socialiste. On peut observer, autour de 1958, que ses toiles, longtemps élaborées en noir et blanc ainsi qu’en grisaille, s’enrichissent de couleurs vives ; les fonds de ses grands tableaux laissent la part belle aux teintes bleutées ou ocrées. La collection des Clowns tristes en constitue un parfait exemple.

 

Les grandes expositions de ses œuvres

À partir de 1952, la carrière de Bernard Buffet a été jalonnée de 53 expositions à thème, qui se sont succédées – tant en France qu’à l’étranger (Londres, Berlin, Rome, Amsterdam, Bruxelles, Venise, New York, Montréal et plusieurs fois au Japon). Une importante rétrospective de sa production a été présentée, en 1958, à la galerie Charpentier de la Ville lumière. En 1961, plusieurs de ses œuvres ont fait partie de la Biennale de Paris. En 1973, un musée Bernard Buffet a été érigé, à Surugadaira au Japon, pour honorer sa carrière artistique. En 1991, en Russie, deux expositions lui ont été entièrement consacrées : au Musée Pouchkine (Moscou) et à l’Ermitage de Saint-Saint-Pétersbourg. En 2017, une rétrospective d’envergure de ses œuvres a été présentée au Musée d’Art moderne de Paris. Un musée virtuel (museebernardbuffet.com) lui est également dédié pour permettre de faire découvrir au public 200 huiles sur canevas – dont certaines mettent en valeur des techniques mixtes – 25 lithographies, 25 gravures, 4 sculptures et 50 affiches d’expositions. Depuis 2000, la popularité de ses lithographies de Clowns connaît une hausse constante, tout comme ses tableaux. À titre d’exemple, une lithographie (signée) illustrant “Jojo le Clown Jaune” est estimée aujourd’hui à 1 975 euros et celle de “Le Clown” atteint 4 700 euros. “Le Clown Bleu” demeure l’une de ses oeuvres les plus célèbres ; cette toile a été lithographiée en centaines de milliers d’exemplaires.

 

Bernard Buffet n’est pas le seul artiste peintre à avoir choisi d’explorer le thème des clowns, joyeux ou tristes. Par contre, aucun autre que lui n’a réussi à traduire avec autant d’intensité le désarroi intérieur qui peut les habiter.